A la faveur de l’ouverture de l’atelier « Paroles aux Jeunes », l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF) a fait la synthèse du rapport sur la situation des jeunes dans l’espace francophone en 2016. Cette synthèse du rapport faite par Abdoul Echraf Ouédraogo montre que 9 foyers sur 10 en Afrique subsaharienne ne disposent pas d’un ordinateur à la maison. Selon ce rapport, ce que l’on risque de voir c’est toute une génération d’analphabètes sur le plan numérique.
Cela va être encore plus accentué dans la mesure où une pensée générale faire croire selon ce rapport qu’avec l’accès aux plateformes sans fil, l’internet est accessible partout et qu’il n’y a pas de problématiques. « La conséquence, c’est que les jeunes francophones ont du mal à envoyer des courriels, à recevoir à réaliser des travaux sur l’ordinateur, à réaliser des présentations alors que le monde du travail aujourd’hui, l’exige », mentionne Abdoul Echraf Ouédraogo. Le rapport précise aussi que dans 15 des 18 pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels des données ont pu être recueillis, ce sont 2% et moins des foyers qui ont accès à Internet.
Les trois cas d’exception sont le Cap-Vert (20%), le Gabon (6%) et le Sénégal (5%). En plus de cela, l’étude révèle que la grande majorité des foyers dotés d’un ordinateur ne sont pas branchés à Internet. C’est pourquoi cette étude souligne qu’il demeure difficile de penser que la jeunesse francophone pourra s’épanouir si elle est maintenue à l’écart des possibilités qu’offrent les nouvelles technologies.
Un aperçu du Village de la Francophonie à Antananarivo, siège des activités culturelles, pédagogiques et ludiques du 16ème Sommet des Chefs d’Etat de la Francophonie. En timelapse.
« Kaléidoscope de la Francophonie » comme l’a appelé Michaëlle Jean à l’inauguration, le Village de la Francophonie est une initiative propre à ce XVIème Sommet de la Francophonie. Neuf pays membres de l’OIF ont réservé leurs pavillons dans ce village pour tirer la quintessence de ce rendez-vous unique à Madagascar. Chacun de ces pays présente à leur façon des aspects de leur pays et leurs implications dans la francophonie.
Madagascar, le pays hôte
En tant que pays organisateur, Madagascar est privilégié dans ce village éphémère : elle a le pavillon le plus spacieux, un espace d’un peu plus de 500 mètres carrés. Le Pavillon Madagascar est uniquement composé de kiosques d’organismes et d’entreprises : cette fois, le pays n’a pas voulu seulement être représenté avec ses traditions et ses valeurs culturelles. Le pavillon se présente plutôt comme une vitrine commerciale et économique : de grands groupes commerciaux, des sociétés industrielles, des banques, des stands artisanaux, ainsi que l’office national de tourisme. D’ailleurs, dans cette volonté d’attirer les investisseurs et les partenariats, un Salon de l’Industrie de Madagascar est également organisé en marge du Sommet de la Francophonie dans un tout autre parc d’exposition.
Pavillon du royaume de Maroc
Le royaume a décidé de mettre en avant son artisanat pour ce XVIème sommet. Le pavillon du Maroc ressemble vraiment à un beau souk de Marrakech, faits de maison en dur. Le pavillon abrite en tout 15 kiosques. On peut y voir des tapis marocains, un atelier de reliure, des objets en acier avec film d’argent, une miroiterie, etc.
Canada
Ce grand pays de 10 millions de km² pour 35 millions d’habitants est présent au village à travers 3 kiosques différents. Il y en a un pour la Confédération du Canada et 2 pour les provinces francophones du Québec et du Nouveau Brunswick, qui ont décidé de présenter leurs activités séparément.
Le kiosque du Canada montre de quelle façon ce pays participe à la Francophonie :
le français est la langue maternelle de 22% des Canadiens,
le français est parlé au Canada depuis 400 ans,
1/3 de la population du Nouveau Brunswick est francophone,
87% des francophones vivent au Québec
Le Canada s’implique également beaucoup dans la lutte contre le mariage des enfants en Afrique et ailleurs. Pour le cas de Madagascar, il coopère étroitement avec le Ministère de la population, car ce problème touche 41% des filles malgaches de moins de 18 ans et 12% des filles de moins de 15 ans. Le CANCHAM (la chambre de commerce et de coopération Canada-Madagascar) est présent au pavillon pour représenter les intérêts économiques et commerciaux.
Kiosque du Québec
Le Québec est uniquement représenté par LOQIG (Les Offices jeunesse internationaux du Québec) au village de la Francophonie. Il lance à l’occasion de sa présence à ce sommet de Madagascar un concours de projets qui permet de gagner une bourse de mobilité pour concrétiser ou développer son projet par la réalisation d’une expérience au Québec ou en Wallonie-Bruxelles.
Kiosque du Nouveau Brunswick
Pour sa présence au sommet de Madagascar, le Nouveau-Brunswick met en avant la priorité de son gouvernement : l’éducation pour favoriser le développement économique et social. Il partage son expérience dans la stimulation de l’esprit entrepreneurial chez les jeunes dans les écoles communautaires francophones. Un point d’information du Collège communautaire (Université) du Nouveau Brunswick est également présent pour tous ceux qui veulent aller étudier là-bas.
Pavillon France
La France est le pays qui devrait toujours avoir un pavillon dans un sommet de la Francophonie. Elle n’a pas manqué ce rendez-vous de 2016. Elle a décidé de mettre en avant les institutions françaises présentes à Madagascar à travers des écrans interactifs que les visiteurs peuvent librement consulter. La France intervient effectivement à Madagascar à travers l’Agence Française du Développement (AFD), le réseau des Alliances Françaises, les lycées français et en coopération sur le projet MAPEF (Madagascar Appui à l’Enseignement du et en Français).
La Côte d’Ivoire
La Côte d’Ivoire a vraiment tenu à être présente dans ce village car elle accueille l’année prochaine (2017) les 8èmes Jeux de la Francophonie, organisés du 21 au 30 juillet 2017 à Abidjan. Pour prouver le sérieux du pays dans l’organisation de ces jeux, un ministère spécial a été créé : le « Ministère chargé des Jeux ».
La Côte d’Ivoire se présente aussi comme un pays ouvert à tout investissement et n’hésite pas à se présenter comme la « locomotive de l’Afrique de l’Ouest ». Premier exportateur de cacao dans le monde et est la première puissance « francophone » de l’Afrique de l’Ouest, le pays veut ainsi devenir « le carrefour » de cette zone de l’Afrique.
La Suisse : Eau- Paix – Sécurité
« Eau, Paix, Sécurité », c’est le message que la Suisse veut véhiculer à l’occasion de ce sommet. Cette thématique ne date pas de ce sommet : la Suisse mène ce combat depuis longtemps.
La gestion partagée des ressources en eau est un élément clé non seulement de la lutte contre la pauvreté, mais aussi pour la promotion de la paix et de la stabilité politique.
Elle veut partager son savoir-faire dans la gouvernance de l’eau, le partage équitable de l’eau, etc. En effet, une mauvaise gestion de cette ressource vitale pour l’Homme peut causer des guerres. Cette initiative est motivée par l’expérience de la Suisse, un pays riche en eau (neiges, pluies, rivières, lacs). La Suisse appuie les pays dans la gestion de leurs ressources hydrauliques afin d’endiguer toute tension entre les différents utilisateurs.
Le Vietnam
Le mur intérieur du « Kiosque Vietnam » est tapissé de ses traditions, de ses monuments historiques et autres sites touristiques. Le Vietnam est venu présenter les atouts touristiques de ce pays d’Asie du Sud-Est. Un pays ayant connu un décollage économique important, le Vietnam se présente aussi comme un investisseur potentiel. D’ailleurs, des opérateurs économiques du pays débarqueront au sommet dans l’objectif de nouer des relations commerciales avec les pays francophones, notamment avec le pays hôte : Madagascar.
Le Sénégal
Le Sénégal est également présent au village. Avec un kiosque assez modeste, le pays de Senghor et de Cheikh Anta Diop y présente son artisanat et sa production agro-alimentaire mais également sa littérature, car sachez-le, le Sénégal est un pays d’intellectuels. On peut feuilleter sur place plusieurs œuvres littéraires sénégalaises : A Pind Seenoor de Waali Laaouk Fay, Les Tirailleurs Sénégalais, L’Ecrivain (à propos de Cheikh Anta Diop), une œuvre de Jean-Bernard Ouédraogo, Retour d’un si long exil de Nafissatou Dia DIOUF, etc.
La République Démocratique du Congo
Le pays hôte de la XIVème Sommet de la Francophonie (Kinshasa) est également présent au Village quatre ans après avoir accueilli cette rencontre internationale. Ce pays francophone, le plus peuplé parmi les membres de l’OIF et le plus vaste avec une superficie de plus de 2 millions de km², nous présente sa richesse en ressources naturelles, source de rivalités entre les grandes puissances : terres agricoles, diamant, cuivre, cobalt, etc. Avec le fleuve Congo et sa position équatoriale, la RDC comporte un réseau hydrographique incroyablement dense et, par suite, un fort potentiel hydroélectrique.
Autre représenté : Les Nations-Unies
Enfin, les Nations-Unies, ou plutôt l’UNESCO, possèdent un petit kiosque dans le village. L’UNESCO participe au Sommet car l’OIF et l’UNESCO partage les mêmes valeurs de diversité culturelle et linguistique, de dignité humaine, de défense des droits humains et d’égalité des hommes et des femmes. Sur son kiosque, l’UNESCO met en avant l’objectif de développement durable n°4 (ODD4) : « Éducation de qualité », c’est-à-dire assurer à tous une éducation équitable, inclusive et de qualité et des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. On peut donc y voir les projets que l’UNESCO met en œuvre à Madagascar pour réaliser les engagements de l’ODD4.
Mon épopée au village de la francophonie me conduit ce jour au pavillon de l’UNESCO.
Assis devant sa machine à coudre, doucereux, presqu’intimidé Hery 21 ans, originaire de Brickaville à Antsinanana se livre à son art, son métier, la vannerie. Debout à ses cotés, Claudette 27 ans, originaire de la même région, toute aussi timorée, à l’image de la majorité des malgaches rencontrés ces jours-ci, admire l’ouvrage de ses mains.
Dans la petite salle servant de tanière à l’Unesco, sont exposés outre la documentation, les articles confectionnés par des jeunes sortis trop tôt du système éducatif, formés à l’artisanat par l’institution.
Ces cinq dernières années, l’Unesco s’est consacrée au renforcement des capacités dans le domaine de la formation professionnelle, qui est son projet phare à Madagascar. Raymondine Rakotondrazaka Spécialiste de l’éducation à l’antenne Unesco Madagascar, également présente sur les lieux, m’en dit plus.
« Ceci consiste à donner des métiers porteurs aux jeunes déscolarisés. Nous les formons sur des métiers qui sont nécessaires dans leurs localités. Avant ça, nous identifions avec la communauté le métier porteur ; il y a une étude préalable pour identifier ces métiers porteurs par rapport auxquels nous recensons des jeunes afin de connaitre leurs attentes par rapport à la vie, pour mieux les insérer dans la vie active. »
L’objectif de l’Unesco relativement au défi de « l’agenda éducation 2030 », est de former et d’encadrer les jeunes malgaches déscolarisés, en vue de leur insertion dans la vie professionnelle. Ces formations selon les filières, varient entre deux et six mois et englobent par ailleurs l’entrepreneuriat.
« Une fois la formation achevée, ils ont leur projet professionnel sur la base duquel nous les accompagnons pour le démarrage dudit projet puisque nous travaillons avec un programme du gouvernement qui s’appelle FORMAPROD. Une fois insérés, ils sont laissés à leur activité.»
M’assure mon interlocutrice.
Les métiers de l’Artisanat
Ces formations portent essentiellement sur les métiers de l’artisanat ; notamment la vannerie, la maçonnerie, la charpenterie, la menuiserie, la pisciculture, porciculture etc.
2500 emplois aux dires du Ministère de l’emploi de la formation professionnelle et de l’enseignement technique de Madagascar ont ainsi été crées depuis l’initiation du projet en 2014. Un suivi de six mois permet d’accompagner les artisans qui reçoivent grâce au programme de Formation Professionnelle et d’amélioration de la Productivité Agricole (FORMAPROD), des kits de première installation.
Un vaste chantier !
Nul besoin de faire plus d’un jour dans le pays pour se rendre compte des conditions de vie des populations. La mendicité infantile fait rage et se poursuit telle une soirée démentielle jusqu’au bout de la nuit. Le pays à du mal à cacher ses désœuvrés qui telle une lampe arrimée sur une colline, éclaire toute la ville.
Par ailleurs, Raymondine Rakotondrazaka révèle, qu’il y a très peu de centres de formations en milieu rural. Une situation qui freine l’action de l’Unesco dans la mesure où elle est obligée de ramener ces jeunes en ville et les inscrire dans un internat à ses frais.
« Ça coûte cher. Ce n’était pas prévu ; mais en milieu rural il n’y a pas de centres de formations ».
Certes l’Unesco travaille avec les autres partenaires financiers de Madagascar. Mais au-delà de ce projet, le véritable challenge reste le maintien des jeunes dans le cursus scolaire. Car « il y a environ 2.000.500 jeunes qui ont besoin d’encadrement ». Ce programme dans un premier temps, cible 5000 jeunes ; toutefois l’Unesco devrait augmenter sa cible dans les années à venir.
L’Unesco à Madagascar est basée dans le quartier de Galaxie, dans la maison commune du système des Nations Unies.